Mes 5 méthodes pour créer du suspens
- Julya_auteur
- 15 oct. 2020
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 avr. 2021
Pour commencer, qu’est-ce que le suspens ?

Il ne faut donc pas le confondre avec le mystère :

Par conséquent le mystère peut générer du suspens, mais ce n’est en aucun cas la même chose.
Je pense tout de même que le meilleur moyen de créer du suspens et de laisser un mystère insoluble jusqu’à ce que sa résolution devienne une source de satisfaction ou une libération pour le lecteur. Attention, ce mystère doit comporter des enjeux pour que cela tienne le lecteur en haleine. N’importe quel mystère ne saurait faire tenir le suspens.

Voici des méthodes que j’ai moi-même employées et qui permettent de générer du suspens :
La règle de la parcimonie et de la subtilité

Le suspens, c’est de la dentelle ! Cela ne doit en aucun cas se transformer en grosse pelote de laine grossière et bourrée de noeuds !
Dans un premier temps, il n’est pas question de dire au lecteur:
« REGARDE ÇA SEMBLE PLUTÔT ÉTRANGE TU NE TROUVES PAS » ?
Non. Non.
Le premier vecteur de suspens doit être votre personnage, pas votre narrateur (à moins qu’ils ne fassent qu’un) ! Et des formules toutes simples peuvent mener le lecteur à s’interroger :
« bien que cela ne soit pas dans ses habitudes »
« mais la signification lui échappait »
« il voulut s’en souvenir, mais sa mémoire lui faisait défaut »
« il l’avait sur le bout de la langue ! »
Une fois que vous avez laissé en suspens quelques questions, vous pouvez rentrer un plus dans l’explicite. Comme par exemple, en donnant une « explication inexplicable » à ces informations manquantes. Je m’explique avec ce schéma :

Vous avez bien compris le mécanisme : le but et de répondre à une question par un élément posant une nouvelle question. Pour que cette technique soit efficace, il faut veiller à ce que chaque révélation soit plus intéressante que la précédente.
L’acteur inconnu :

Il peut être intéressant de faire intervenir un personnage inconnu (ou dont on ne suspecte pas l’identité durant ces passages) à divers moments de l’histoire.
Cela peut concerner un chapitre entier ou plusieurs, ou bien de brefs passages entre deux chapitres.
Le personnage peut simplement être témoin d’une scène vécu par les personnages principaux, signifiants alors qu’il les observe.
Il peut vivre la scène et la raconter lui-même à la 1ère personne pour permettre une immersion totale dans ses pensées. Cela a pour avantage d’expliquer l’absence de description physique puisqu’il n’est en aucun cas obligé de penser à lui-même, mais cela implique cependant que l’on a des indices sur son caractère ou son point de vue puisque ses pensées ne sauraient être neutres.
Un point de vue extérieur peut également nous rendre compte des actions de ce personnage. On a alors un contrôle total sur ce qui est révélé ou non à son sujet, en revanche, il faut la jouer finement pour ne pas révéler son genre si l’on veut un suspens total. Pour cela, on peut utiliser divers stratagèmes:
Évoquer le personnage sous un nom neutre : « l’individu » par exemple. Mais la répétition peut être lourde, alors soyez prêt à faire preuve d’ingéniosité et à employer votre dictionnaire de synonymes.
Ex: dans Yukrǒn, j’ai opté pour un modèle hybride.
Dans des sous-chapitres intitulés « Voyage », je parle à la troisième personne d’un Voyageur qui ne sait pas qui il est ni de quelle façon il parvient à voyager dans cet autre monde. Le seul personnage susceptible de nous révéler son apparence a pour ordre direct de ne pas le faire, mais c’est grâce à ses étourderies que l’on peut deviner peu à peu l’identité du Voyageur.
Le compte à rebours

Un compte à rebours implique une échéance, mais quelle est-elle ? Quelle est sa nature ? Qu’arrivera-t-il au héros lorsqu’il l’aura atteinte et quelles en seront les conséquences ?
En introduisant la notion de « temps compté » vous générerez tous un tas de questions chez votre lecteur qui voudra à tout prix connaitre la fin.
Vous pouvez donner un intitulé à votre compte à rebours, cela peut apporter un indice à votre lecteur pour susciter davantage sa curiosité.
Attention, si vous indiquez un compte à rebours, veillez à ne pas décevoir les attentes ! Si vous faites une série, il vaudrait mieux que ce compte à rebours se termine au cours ou à la fin du tome concerné, quitte à en renouveler un au tome suivant. Si l’échéance tarde trop à venir, le lecteur finira par l’oublier ou à se lasser.
Ex: Dans Dualité, chaque tome concerne l’apparition d’une Lune de Sang et ce, pendant une tétrade (= une lune de sang tous les six mois sur un cycle de deux ans). Je fais un compte à rebours depuis le début du tome jusqu’à l’apparition de la Lune de Sang suivante. De plus, je précise à chaque tome qu’une révélation ou un événement particulier aura alors lieu, ce qui génère un fil conducteur avec une intrigue qui le suit tout au long du tome.
Les prophéties :

Le meilleur outil pour en dire trop… sans que personne ne comprenne ! Les prophéties ont pour but de révéler le future ou le moyen de parvenir à un but précis, mais leur énonciation et si alambiquée qu’elles deviennent une source de mystère à elles toutes seules. Les Prophéties sont un véritable atout si elles sont bien faites, mais sont à double tranchant, car il n’y a rien de plus décevant qu’une prophétie qui ne veut rien dire…
Pour bien réussir une prophétie, veillez à ce qu’il y ait plusieurs interprétations possibles qui collent à votre roman ! Si il y plusieurs interprétations, mais qu’une seule qui semble plausible, l’effet est rompu directement.
Jouez sur les doubles sens ! La langue française est si riche, un mot peut avoir plusieurs nuances, plusieurs significations, parfois une virgule peut tout changer !
Privilégiez le fond à la forme ! Ça rime, ça sonne bien, c’est chouette, mais une belle sonorité n’est en rien comparable au sentiment accompagnant le « Quoooooooi ? Ça voulait dire ça ? Mais bien sûr c’est évident ! ».
Une prophétie parfaite provoquera la surprise PUIS la compréhension. Dans l’autre sens… c’est plutôt mauvais signe.
Ex : Lisez Percy Jackson, personne ne manie aussi bien l’art de la prophétie que Rick Riordan.
Je m’en suis également servie dans du Dualité (cf la Prophétie du Cycle).
La contradiction :

Créer une contradiction ou un paradoxe peut poser un questionnement quant à la véritable face d’un élément qui peut avoir plusieurs visages tout aussi plausibles les uns que les autres. Cela peut s’illustrer de différentes manières :
- Un personnage au double statut ! On le sait, les personnages les plus marquants sont ceux qui retournent leur veste ! Le faux allié ou le faux adversaire ! Le tout est de les illustrer tout aussi bien dans les deux rôles ! Que la transition entre ses deux états soit explicite dès le début ou progressive, créer une contradiction dans le comportement d’un personnage (entre ce qu’il pense et ce qu’il fait, sa manière d’être dans telle ou telle situation ou avec telles ou telles personnes) peut être ne véritable source de questionnement !
- Une histoire à deux facettes : c’est l’un de mes tours favoris ! L’histoire comme on le sait, est différente selon l’observateur. Que ce soit du point de vue des théoriciens, des historiens, des scientifiques, des élèves qui l’apprennent de leur professeur l’histoire n’est jamais la même ! Et l’on peut jouer avec cela.
Ex : dans Dualité et Yukrǒns, il existe en général une légende admise comme un fait historique (j’appelle cela ne légende puisqu’elle fait intervenir des éléments fantastiques et non vérifiables). Cette légende diffère selon les points de vues des différents groupes de personnages. Et c’est de cette divergence d’interprétation que naît le mystère. Qui a raison ? Où réside la vérité ? Mais surtout, en quoi est-ce important de le savoir ? Est-ce que des faits passés ont toujours une importance dans le présent ou l’avenir. C’est ce questionnement qui peut instaurer un mystère.
Ces méthodes ne sont pas toutes à employer en même temps, mais elles peuvent vous donner des pistes pour générer du suspens. Attention le mystère doit s’accompagner de sentiments intenses (angoisse, espérance, impatience) pour provoquer la libération lors de la révélation ainsi que d’un enjeu majeur pour laisser place à de la satisfaction !




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